Leiris, Michel, écrivain, poète, ethnologue et critique d'art français (1901-1990). 5 LAS à sa femme Zette.

Pékin, 22 septembre - 30 octobre 1955.

6 pages in-8 sur papier de riz "à lettre", toutes les env. sont cons.

 14,000.00

Très intéressante correspondance de Leiris avec sa femme lors de son voyage dans le cadre des amitiés franco-chinoises en 1955, contrepoint au Journal de Chine, qui sera publié en 1994. I: "Ce papier à lettre - trouvé sur la table de la chambre que je partage avec Lurçat - te donnera une idée de la gentillesse de nos hôtes! A Moscou, nous avons vu Le Lac des Cygnes au Bolchoï, par une danseuse telle que je n'en ai jamais vue, devant Boulganine et Krouchtchev recevant le ménage Grotewohl. En Sibérie, l'avion s'arrêtait à des guest-houses genre isba, auberges de campagne qui faisaient penser au troisième tableau de Boris Godounov. [...] Dorénavant, il faudra que nous nous arrangions pour prendre nos habitudes dans l'Est : c'est sans commune mesure avec le reste [...]" (22 sept.).

II: "[...] Hier, dîner d'une trentaine de plats, à nous offert dans un restaurant réputé de Pékin par le vice-ministre aux Relations Culturelles! Le plus étonnant en Chine c'est, décidément, qu'on y est absolument pas dépaysé, en dépit de tout l'exotisme du décor. Cela tient au fait qu'avec les gens les rapports sont parfaitement normaux et non pas ce qu'ils sont dans les pays africains ou antillais. Cet après-midi nous allons visiter la Cité Interdite, qui est la plus belle partie de la ville, - le reste valant surtout pour le pittoresque [...]" (26 sept.).

III: "Me voilà depuis ce matin en Mandchourie et cela change beaucoup, car il fait assez froid! [...] A la différence de Pékin, cette région-ci fait un peu bout de monde et c'est assez étonnant de voir là-dedans des constructions industrielles. Sartre et le Castor, avec qui j'ai déjeuné ces jours derniers, partent demain pour Shanghaï : pour des raisons d'organisation et d'hébergement, on s'arrange toujours pour que les divers invités ne soient pas tous ensemble au même endroit de sorte que ce n'est pas très commode de se voir si l'on ne fait pas partie d'une même délégation [...]" (5 octobre).

IV: "[...] Ce matin , avec deux de mes collègues, nous sommes allés au local de travail de la Troupe n°3 de l'Opéra de Pékin et l'accueil a été bouleversant : acclamations par toute la troupe, plus les machinistes, etc. [...] formant une double haie d'honneur sur notre passage, démonstrations d'entraînement devant nous, splendide spectacle sur scène, remise de cadeaux et de bouquets de fleurs, etc. On nous a même fait revêtir des costumes d'acteurs chinois et affublés de grandes barbes pour nous photographier! Tout ce qu'on voit ici est suffoquant et la difficulté sera, au retour, de le faire saisir à ceux qui, ne l'ayant pas vu, nous regarderons comme des fous[...]" (21 octobre).

V: "[...] A mesure que la fête de demain approche, c'est de plus en plus magnifique : une foule énorme a dû passer dehors une bonne partie au moins de cette dernière nuit, à regarder les groupes de jeunesse s'entraîner à la danse. Nous avons eu hier soir un banquet d'environ 2.000 couverts présidé par Chou En-lai, avec toasts portés à de nombreuses reprises tandis que l'orchestre jouait alternativement des airs chinois et des airs européens (dont une valse viennoise et l'Ouverture de Carmen). J'ai pu déjeuner avec Sartre et le Castor et il est probable que nous serons en même temps à Shanghaï. Mais les programmes sont très minutés et le fait que, pour des raisons d'ailleurs strictement linguistiques, on est sous la dépendance des interprètes empêche quelque peu de se voir [...]".

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